"Hé
l'ami, doucement avec la récupération!"
10 juin 2003
Cette année 2003 est certainement la première où je parviens à
rester aussi longtemps en forme. Première grosse performance au Raid
Cassis SFR le 16 mars, et pas un seul vrai "trou" depuis, alors que
la mi-juin approche et que la canicule, que je redoute
habituellement, a fait son apparition.
Mis à part le fait que j'ai réalisé un hiver très "studieux" qui me
permet de "digérer" correctement les efforts de compétition, je
pense qu'une des clés majeures de cette constance réside dans les
efforts consentis en termes de récupération.
Je passe sur l'alimentation, le sommeil, l'hydratation, l'électrostimulation,
les étirements et tutti quanti.
Mis à part ces (importants) domaines, il en est un dans lequel j'ai
fait des progrès très nets cette année: les
sorties à basse intensité.
"Récupérage"…
À quoi ça
sert? À "récupérer"…Quand on a dit ça il faut expliquer ce que l'on
entend par ce verbe. Récupérer c'est, entre autre, aider les
pulsations à redescendre au repos, diminuer la teneur en toxines
dans l'organisme, faire remonter les taux de glycogène hépatique et
musculaire, aider les muscles à reprendre leur longueur et leur
élasticité optimales, se réhydrater et rétablir les diverses teneurs
en ions …cela signifie notamment que lors d'une sortie de
récupération, on n'hésite pas à boire, pas uniquement de l'eau mais
une boisson énergétique, surtout si la sortie a lieu au lendemain
d'une course.
Ces sorties aident aussi à conserver les acquis fonciers sans puiser
dans ses réserves, important quand la saison de compétition a
commencé et que l'on diminue la part des sorties longues à allure
modérée.
"J'ai bon
maîtresse?"
Un des
critères de réussite essentiels d'une bonne sortie de récupération
me semble être qu'on la termine "moins fatigué" qu'on ne l'a
entamée. On a envie de rouler encore et/ou de rouler plus vite à la
fin de la sortie.
Pour ce faire il faut vraiment se forcer à tourner les jambes en
souplesse, et avoir un œil sur le pulsmètre, notamment dès que ça
monte (la route, pas les pulsations justement!). Et ne pas hésiter à
jouer les "cyclos" (braquet réduit quand ça monte, ne pas relayer
celui qui a des velléités d'accélération, voire se faire dérocher).
En fait il faut rechercher une allure qui donne l'impression que
l'on pédale sans effort. C'est tout à fait possible, même le
lendemain d'une course, pourvu que l'allure et le braquet soient
réduits.
En gros c'est le contraire de ce qu'a fait Ludovic Dubau le
lendemain de sa troisième place à Plouha le 1er juin: il s'est tapé
le retour dans les bouchons et a couru le lendemain pace qu'il avait
l'occasion de rouler…Il aurait dû effectivement en profiter pour
rouler mais doucement, parce que d'une part il
manque un peu de foncier cette année, et d'autre part il était en
forme à Plouha. Or quand on est en forme on "lâche les chevaux" et
on se fait bien mal aux jambes, plus que quand on est "mal" et qu'on
laisse un peu aller…Moralité, il m'avouait à la Transvôge le 8 juin
qu'il n'avait pas réussi à récupérer de la semaine.
Rouler
doucement, récupérer sûrement…
Plus facile à
dire qu'à faire…Jusqu'à cette année j'avais toujours mis les idées
en avant des gestes. Je pensais bien qu'il faut savoir rouler
doucement parfois, autant qu'il faut forcer à d'autres moments (par
exemple avant les premières compétitions: on ne peut acquérir le
rythme de la compétition sans passer pas là, c'est logique). Je le
disais dans mes articles, mais je finissais souvent par forcer, même
dans les sorties dites de "récup". Soit parce que j'allais les faire
avec un fort routier qui ne sait guère enlever la plaque et veut
toujours se "tester" (j'ai un copain, il est comme ça, on ne le
refera pas…), soit parce que finalement je ne me sentais pas si mal
que cela et que je me faisais plaisir avec quelques accélérations.
Mais j'ai réussi à changer, et je ne le regrette pas!
Régulateur de pulsations
Pour ce faire,
j'ai notamment mis à contribution mon Polar et notamment la fonction
"pulsations moyennes", que je regarde en fin de sortie et qui doit
être basse. Ainsi j'ai réussi à faire au moins quinze sorties de
deux heures (route ou vtt) aux alentours de 110 pulsations/minute de
moyenne.
Une seule, semble-t-il, ne correspondait pas à ce que je
recherchais: une sortie "vtt cool" de 1h15 le vendredi 16 mai, la
veille d'un "cri-cri" sur route où j'ai eu mal aux jambes tout le
long. C'est la sortie où j'ai eu la moyenne de pulsations la plus
basse (104), et je me suis rendu compte qu'elles étaient basses
parce que j'entrais dans la fatigue excessive, celle qu'il faut
éviter (je l'ai constaté le lendemain en course en ayant mal aux
jambes et les pulsations "bloquées en bas"). Ce jour là mes
pulsations étaient basses parce que l'organisme voulait du repos
(dans ce cas le système nerveux parasympathique prend le dessus et
cherche à "calmer" l'organisme, d'où, au passage, les dangers du
dopage qui peut masque ce besoin de repos de l'organisme).
Récupérer
des repères…
Alors comment
faire la différence entre une sortie de récupération réussie et une
autre qui montre que la fatigue est là? Je pense que le "top" serait
de disposer de l'option capteur de puissance que l'on trouve par
exemple sur les Polar haut de gamme. Celle-ci permet, avec
l'habitude, de se rendre compte, pour un niveau de pulsation donné,
de la puissance développée. Bien sûr, sans disposer de cet
équipement, on peut quand même se fier assez valablement à des
critères comme: la vitesse dans une côte connue à un niveau de
pulsation donné (à vent constant), la même chose sur le plat, et
aussi (de manière moins fiable mais utile quand même), la nature des
sensations (c'est bon signe si l'on a envie de rouler plus vite,
c'est moins bon signe si l'on rêve de descendre de vélo et d'aller
se coucher…). On peut aussi tirer des conclusions utiles de sa
capacité / envie de "mouliner". Celle-ci est bonne quand l'organisme
est frais, altérée quand la fatigue est là (on tire gros quand on
n'en peut plus). C'est logique: rouler en vélocité nécessite de
faire des mouvements rapides, cela ne se conçoit qu'avec un niveau
de fraîcheur minimal.
Une autre
question se pose, celle qui consiste à savoir quand faire ce type de
sortie. Je pense qu'elles doivent constituer au moins un tiers des
entraînements. Mais leur proportion peut augmenter fortement dans
certaines conditions.
Lorsque l'on est en phase de préparation intensive aux compétitions
et que l'on cherche soit à acquérir un "foncier" solide, soit la
capacité à rouler au rythme de course, on peut me semble-t-il
appliquer ce ratio de un tiers qui évite de transformer
l'entraînement en "suicide"! Surtout, ne jamais faire que des
sorties rapides! Ce matin, je faisais "récup" avec Thomas Hartstern,
il était de temps à autre à plus de 150 pulsations, il devait se
dépêcher de rentrer pour ne pas être en retard…cela peut suffire à
manquer l'objectif d'une sortie de récupération, ça renvoie donc à
une capacité d'organisation plus générale de on emploi du temps..
Bien sûr, l'homogénéité des niveaux est primordiale en sotie de
récup. En 1995, j'ai vite abandonné l'idée d'en faire avec mon
coéquipier d'alors chez Gitane: Thomas Dietsch. Il récupérait, pas
moi…
Lorsque l'on a atteint la grande forme, ce type de sortie peut
monter jusqu'à deux tiers voire trois quarts de la pratique. Par
exemple, en ce qui me concerne, depuis début mai je fais au moins
deux sorties de récupérations "basses pulsations" par semaine, une
sortie avec un peu d'intensité (bien moins corsée qu'avant les
premières courses) et une course le week-end. La course, de par ses
efforts violents et prolongés, suffit à provoquer une fatigue
importante qui justifie pleinement la centration sur la récupération
durant la semaine.
Bien sûr, cette orientation n'exclut pas de faire quelques sprints
(en vélocité et/ou en force) ou de la technique à vtt, pourvu que
jamais les efforts n'aboutissent au mal de jambes.
Inutile
de récupérer ce que l'on n'a pas perdu!
Encore une
remarque avant de conclure: je ne sais pas si ces réflexions sont
aussi pertinente à tous les âges. Les jeunes (disons minimes et
cadets) récupèrent parfois très vite, et si leurs sorties sont
brèves d'une part, et jamais "hard" d'autre part (les séries de
fractionné minuté ne se justifient pas telles quelles à leur âge),
la notion de sortie de récupération perd de son sens.
Remarquez, elle le perd aussi pour quelqu'un qui ne s'entraîne pas
vraiment, c'est-à-dire pour quelqu'un qui ne fait jamais de sortie
comprenant des sorties d'intensité. Il faut d'autant plus récupérer
qu'on s'est plus.fatigué au préalable, c'est logique.
Et avant de récupérer l'article…
Voilà,
assez brièvement, quelques données sur l'importance des sorties à
basse intensité. Elles sont en quelque sorte le pendant des
entraînements violents. Tout aussi essentielles, on peut dire
qu'elles sont une des conditions pour que ces derniers portent leurs
fruits.
Connaissant la mentalité "coursière" dans le milieu cycliste, il est
certain qu'elles ne sont pas les plus faciles à réaliser. Il faut
savoir être motivé pour tout: les séries "à l'arrache" comme les
récups "à la cool".
À bon
récupérateur salut…